La négation

C’est la polarité de la phrase: positive ou négative.

La négation peut être visible grâce à la structure négative (négation syntaxique), ou grâce au sens des mots (négation lexicale)

LA NEGATION SYNTAXIQUE

Elle se construit avec NE + un mot négatif appelé FORCLUSIF (pas, guère, rien, point…)

Le mot forclusif peut parfois être élidé (c’est-à-dire supprimé), mais jamais le NE, qui est obligatoire, sinon la phrase est incorrecte, ou appartient à la langue orale.

Ex: Je ne sais. (correct) / Je sais pas. (incorrect, ou niveau de langue peu soutenu)

Deux négations peuvent être coordonnées entre elles, avec la conjonction de coordination NI, qui remplace alors le forclusif.

Ex: Je n’aime ni Georges, ni Robert.

  • La négation totale: elle porte sur toute la phrase

Ex: Je ne sais pas s’il est venu.

  • La négation partielle: elle ne nie pas tout

Ex: Ce n’est pas du chocolat que j’ai mangé. (c’est autre chose!)

Ainsi, la phrase: « Je n’ai pas tué Robert. » (négation totale), n’est pas équivalente à: « Ce n’est pas Robert que j’ai tué. » (négation partielle: j’ai quand même bien tué quelqu’un).

  • La négation restrictive: NE…QUE

Ex: Je ne mange que des algues.

LA NEGATION LEXICALE

Elle repose sur le sens des mots à valeur négative, alors que la phrase elle-même n’a pas de marques de négation.

  • Le « NON », utilisé seul (il forme alors une phrase à lui seul), ou en tête de phrase.
  • Les mots à préfixes négatifs: en particulier -IN ou -IM, ou composés avec NON

Ce sont des antonymes obtenus par préfixation:

Possible / impossible; faisable / infaisable; etc…

Voyant / non-voyant, etc…

Ex: Il est impossible que vous veniez.

Lorsque le mot ne possède pas d’antonyme, il peut prendre une valeur négative s’il est précédé de SANS

Ex: C’est sans issue.

  • Les mots à sens négatif, sans marque particulière:

Ce sont souvent des verbes: refuser, s’opposer à, etc…

Ex: Je refuse que vous veniez.

Ainsi certaines phrases peuvent, selon leur sens, contenir une négation implicite.

Voici un exemple de réponse à une question de grammaire sur la négation à l’oral du bac, à partir d’un extrait du poème « Remords posthume » de Baudelaire.

Question :

Etudiez l’usage de la négation dans les vers 9 à 14 du poème « Remords posthume » :

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni
Te dira: Que vous sert, courtisane imparfaite
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts?
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.

Méthode :

Pour répondre correctement, il faut de la méthode ! La première chose à faire est de relever les négations syntaxiques et les négations lexicales :

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni

Te dira: Que vous sert, courtisane imparfaite
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts?
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.

Ensuite il faut préparer la réponse en prévoyant une courte introduction qui explique et définit, puis un développement ordonné.

Réponse :

Une phrase peut avoir une polarité positive ou négative. La négation correspond à la polarité négative de la phrase. Cette polarité peut s’exprimer de deux manières : avec une structure négative, on parle alors de négation syntaxique, ou grâce au sens des mots, on parle alors de négation lexicale.

Dans les deux derniers tercets du sonnet « Remords posthume » de Baudelaire, on trouve les deux types de négation.

1) Négation syntaxique

On la rencontre au vers 13 : « n’avoir pas connu ».

Cette négation est construite avec NE, dont le -e est ici élidé, et le forclusif PAS.

Il s’agit d’une négation totale : elle porte sur toute la phrase.

Cette phrase est en fait interro-négative, car c’est en même temps une question rhétorique, qui sert à adresser un reproche à la jeune femme : sa vertu ne lui servira à rien.

2) Négation lexicale

Ce sont des mots à valeur négative. Ici on peut distinguer des mots à préfixe négatif, et un mot à sens négatif, sans marque particulière.

A) Mots à préfixe négatif: négation par préfixation

On trouve ici deux mots construits avec le préfixe in- , qui sert à former des antonymes à sens négatif :

-au vers 9 : « infini » est l’antonyme de « fini » et a le sens négatif de : qui ne peut pas finir. Il sert à insister sur l’amour du poète, qui est un amour impossible, puisque c’est un « rêve », mais éternel.

-au vers 12 : « imparfaite » est l’antonyme de « parfaite » et a aussi un sens négatif : qui n’est pas parfaite. C’est un reproche adressé à la jeune femme, et même une insulte : l’apostrophe « courtisane imparfaite » est presque un oxymore, « courtisane » signifiant prostituée, mais contredit par « imparfaite » : elle n’a pas connu l’amour (« ce que pleurent les morts »). Elle est donc moins qu’une prostituée.

B) Mots à sens négatif

On trouve au vers 11 le participe passé « banni » qui a un sens négatif puisqu’il est ici synonyme de « interdit ». Il vient contredire le début du poème « lorsque tu dormiras » : elle ne dormira pas, puisque « le somme est banni ». Elle sera en fait morte, sans possibilité de dormir. C’est donc une négation implicite.

Conclusion

Ainsi ces deux derniers tercets contiennent beaucoup de négations et servent à adresser une mise en garde et des reproches à la jeune femme, qui ne se comporte pas comme elle le devrait et le regrettera une fois morte : c’est une expression quelque peu agressive du Carpe diem.