Modernité poétique?

Guillaume Apollinaire, Alcools (1913) : parcours: modernité poétique ?

Cette fiche ne prétend pas être exhaustive, ce ne sont que des exemples, utilisables dans une dissertation. Il est possible d’en trouver beaucoup d’autres dans l’oeuvre.

Modernité dans les thèmes abordés

  • La ville moderne (Paris) : – La « tour Eiffel », « les catalogues les affiches », « les inscriptions des enseignes et des murailles », « le hall de la gare Saint-Lazare » (« Zone ») – Le « Pont Mirabeau » – « Soirs de Paris ivres du gin / Flambant de l’électricité / Les tramways feux verts sur l’échine / Musiquent au long des portées / De rails leur folie de machines » (« La Chanson du Mal-Aimé »)
  • Le peuple, le monde ouvrier, les usines (qui n’ont normalement pas leur place en poésie) : « Usines manufactures fabriques mains / Où les ouvriers nus semblables à nos doigts / Fabriquent du réel à tant par heure » (« Vendémiaire ») « j’aimais le peuple habile des machines » (« 1909 ») « Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes » (« Zone ») « La boulangère et son mari » (« Les Cloches »)
  • La prostitution dans « Marizibill » : son « maquereau » l’a « tirée d’un bordel de Changaï »
  • La présence de noms propres, réels et peu poétiques : « René Dalize » (« Zone »), « André Salmon » (« Poème lu au mariage d’André Salmon »), « Thomas de Quincey » (« Cor de Chasse »)
  • La présence inattendue d’éléments perçus comme anti poétiques : les « vaches » (« Les Colchiques »), « un paysan cagneux / Et son boeuf » (« Automne »), « La tzigane », « Kikiriki (cri du coq en allemand, « Rhénane d’automne »), « Soleil cou coupé » (on entend « coucou », à la fin de « Zone ») ; ou même vulgaires : « Ta mère fit un pet foireux / Et tu naquis de sa colique » (« Réponse des cosaques zaporogues au sultan de Constantinople »), « On mange alors toute la bande / Pète et rit pendant le dîner » (« Schinderhammes ») : effet de surprise, esthétique de la rupture.
  • Du vocabulaire ou des poèmes entiers volontairement obscurs (influence du symbolisme) : « Lul de Faltenin », « Les sept épées ».

Modernité dans la forme

  • Absence de ponctuation
  • Importance de la mise en page : « Automne malade », qui commence à ressembler à un calligramme, « Marie » avec un alexandrin qui déborde.
  • L’utilisation du vers libre : « Zone », « La synagogue », « Le Voyageur », « Cortège », ou la présence de vers blancs : « Marie »
  • Une volonté de déconstruire les formes classiques : « Les Colchiques » est un ancien sonnet déstructuré.
  • Le découpage collage : « Le Pont Mirabeau » : découpage en deux du vers 2 de chaque strophe
  • Le mélange des genres : – certaines formules ressemblent à de la prose : « J’aime la grâce de cette rue industrielle / Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l’avenue des Ternes » (« Zone ») – « La Maison des Morts » était un conte en prose découpé et collé en vers. – Les poèmes conversations qui ressemblent à des dialogues : « Les Femmes » – Des formes qui se rapprochent du théâtre : « Le larron » – Une sorte d’autobiographie à la deuxième personne : « Zone ».

Mais Alcools n’est pas entièrement moderne…

Tradition dans les thèmes abordés

  • Nombreux thèmes traditionnels de la poésie très présents dans Alcools : l’amour, la nostalgie, la tristesse, la fuite du temps, l’automne, les paysages…
  • Présence de nombreux personnages issus de la tradition : « Salomé », « La Loreley », « Merlin et la vieille femme », « le sage Ulysse » (« La Chanson du Mal-Aimé »), Orphée («Poème lu au mariage d’André Salmon », « Le larron ») 
  • La religion, surtout le Christ « fils pâle et vermeil de la douloureuse mère », « le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs » (« Zone »), « Seigneur le Christ est nu » (« L’ermite »), mais aussi la religion juive dans « La Synagogue »
  • L’association modernisée de la femme et de la fleur dans « Les Colchiques » (elle est une fleur toxique et non plus une rose comme chez Ronsard).

Tradition dans la forme

  • Beaucoup de formes traditionnelles : – Strophes régulières, rimes. Apollinaire utilise souvent le quintil d’octosyllabes (« La Chanson du Mal-Aimé », poème entièrement régulier avec une alternance de rimes, « Marie », « L’Adieu », « Lul de Faltenin », « Rosemonde »…) Poèmes en quatrains réguliers d’octosyllabes, avec rimes : « Saltimbanques », « La Tzigane », alors que le thème lui-même est moderne. – Nombreux alexandrins, y compris dans « Zone » : « Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie », ou dans « La maison des Morts » : « Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours »… – « Chantre », moderne car il n’y a qu’un seul vers sans ponctuation, est pourtant un alexandrin régulier : « Et l’unique cordeau des trompettes marines »
  • Registre lyrique, traditionnel en poésie.