L’interrogation

Syntaxe, sémantique et pragmatique

(comprendre: construction, sens, mise en pratique)

L’INTERROGATION DIRECTE

Elle comporte des marques à l’oral (intonation) et à l’écrit (?). C’est un type de phrase (4 types de phrase: déclarative, exclamative, interrogative, impérative).

  • L’interrogation totale

Elle se construit avec Est-ce que, ou avec inversion du sujet, ou sans aucune marque.

Elle porte sur l’ensemble de la phrase. La réponse est donc globale: OUI / NON.

Ex: Est-ce que tu viendras? / Viendras-tu? / Tu viendras?

  • L’interrogation partielle

Elle demande une précision. On ne peut donc pas répondre oui ou non.

Elle se construit avec un mot interrogatif: QUI, COMMENT, POURQUOI, QUEL…

Le mot interrogatif est le plus souvent en tête de phrase. C’est sur ce mot que porte l’interrogation.

Parfois ce mot interrogatif constitue une phrase à lui seul: Comment? Quoi?

Ex: Pourquoi es-tu si nerveux?

*La question rhétorique n’est pas un cas à part. C’est une question de sens (elle n’attend pas de réponse). Elle peut être totale ou partielle, et contient souvent un argument.

L’INTERROGATION INDIRECTE: la proposition subordonnée conjonctive interrogative

Elle se construit sans inversion du sujet et sans point d’interrogation. C’est un type de phrase déclaratif. La subordonnée complète un verbe à sens interrogatif. Généralement elle est COD.

  • L’interrogation totale: avec SI

Elle porte sur l’ensemble de la phrase. La réponse est donc globale: OUI / NON.

Ex: Je me demande si tu viendras demain.

  • L’interrogation partielle: avec un autre mot interrogatif

Elle demande une précision. On ne peut donc pas répondre oui ou non.

Ex: Je me demande pourquoi tu n’es pas venu hier.

*Attention aux annonces de problématique incorrectes:

Ex: En quoi ce texte est-il caractéristique d’une scène d’exposition? / Nous nous demanderons en quoi ce texte est caractéristique d’une scène d’exposition.

Pour éviter les erreurs, mieux vaut s’en tenir à l’interrogation directe.

Voici un exemple de réponse à une question de grammaire sur l’interrogation à l’oral du bac sur un extrait des « Stances » du Cid de Corneille (l’explication du texte figure dans Théâtre / Racine / Parcours: passion et tragédie):

Question :

Vous étudierez l’interrogation dans les vers 19 et 20:

Faut-il laisser un affront impuni?
Faut-il punir le père de Chimène?

Réponse :

L’interrogation peut être directe ou indirecte. Lorsqu’elle est directe, comme ici, c’est un type de phrase, et elle comporte des marques à l’oral (l’intonation, importante ici, puisque c’est du théâtre), et à l’écrit : il y a souvent une inversion du sujet, et un point d’interrogation.

Ici nous avons deux phrases interrogatives directes à la suite. Chacune constitue un vers (décasyllabe), et elles commencent toutes les deux de la même façon (anaphore). Elles sont construites sur le même modèle, on peut donc les traiter ensemble.

« Faut-il laisser un affront impuni ?

Faut-il punir le père de Chimène ? »

Ces deux phrases sont des interrogations totales : elles ne comportent pas de mot interrogatif, et l’interrogation porte sur l’ensemble de la phrase : on peut répondre par oui ou par non. La réponse est donc globale et ne porte pas en particulier sur un élément de la phrase.

Les deux phrases comportent une inversion du sujet : « faut-il » et un point d’interrogation.

Pour ce qui est du sens, ce sont des questions rhétoriques : Rodrigue n’attend pas de réponse, il s’agit d’un monologue, il ne s’adresse qu’à lui-même. Les deux questions s’opposent comme le montrent les mots « impuni » / « punir », pourtant la réponse semble être non pour les deux. Elles montrent donc la délibération (Rodrigue s’interroge sur le choix à faire), et l’impossibilité de ce choix : c’est un dilemme tragique.

Dans la strophe suivante on retrouve le même procédé au même endroit : deux questions parallèles fondées sur une anaphore.

Autre question possible : manipulation :

Vous transformerez les interrogations directes des vers 19 et 20 en interrogations indirectes. Expliquez.

Réponse :

L’interrogation peut être directe ou indirecte. Lorsqu’elle est directe, comme ici, c’est un type de phrase, et elle comporte des marques à l’oral (l’intonation, importante ici, puisque c’est du théâtre), et à l’écrit : il y a souvent une inversion du sujet, et un point d’interrogation.

L’interrogation indirecte est un type de phrase déclarative. Elle est introduite par un verbe de sens interrogatif. Il n’y a plus ni inversion du sujet, ni point d’interrogation.

Ici il s’agit de deux interrogatives totales: elles ne comportent pas de mot interrogatif, et l’interrogation porte sur l’ensemble de la phrase : on peut répondre par oui ou par non. La réponse est donc globale et ne porte pas en particulier sur un élément de la phrase. En les transformant en interrogations indirectes, elles seront donc introduites par SI :

Rodrigue se demande s’il faut laisser un affront impuni, ou s’il faut punir le père de Chimène.

Avec cette transformation, nous sommes passés d’une phrase simple à une phrase complexe, avec subordination et coordination.

La proposition principale est : Rodrigue se demande

Le sujet principal de la phrase ainsi obtenue est : Rodrigue

Le verbe principal est : se demander. C’est un verbe pronominal à sens réfléchi, puisque Rodrigue s’interroge lui-même, c’est un monologue.

Le reste de la phrase est constitué de deux propositions subordonnées conjonctives interrogatives, coordonnées grâce à la conjonction de coordination OU. Les deux propositions sont construites sur le même modèle. Chacune d’elles est introduite par SI (avec élision du i pour éviter le hiatus « si il ») ; et comporte son propre sujet : il, et son verbe : faut. (falloir: verbe impersonnel, c’est-à-dire qu’il ne se conjugue qu’avec « il »)

Ces deux propositions subordonnées conjonctives interrogatives coordonnées complètent le verbe à sens interrogatif « se demander » de la principale. Elles sont COD (complément d’objet direct).

La transformation permet de conserver l’anaphore initiale (faut-il / il faut). Les deux questions s’opposent comme le montrent les mots « impuni » / « punir », pourtant la réponse semble être non pour les deux. Elles montrent donc la délibération (Rodrigue s’interroge sur le choix à faire), et l’impossibilité de ce choix : c’est un dilemme tragique.